Pourquoi t’es ici?

Avant d’avoir ma fille, je voyageais backpack. Je t’en parle souvent ici. Ça me manque de voyager, je suis pas mal sûre que toi aussi.

Quand on voyage seule, les gens que l’on croise nous posent toujours les mêmes questions. Qu’est-ce qui t’amène ici? Tu voyages toute seule? Pourquoi?

C’est la même chose avec l’alcool.

Quand tu ne bois pas, les gens te demandent toujours pourquoi.

J’imagine que voyager seule c’est comme ne pas boire : c’est pas normal.

Et bien honnêtement, je ne savais jamais quoi répondre à ça.

Pourquoi je suis ici? Pourquoi seule?

Difficile à dire parce que je ne le savais pas moi-même.

Mes voyages ont toujours été des trips de marche, de trekking. Alors j’avais le temps de réfléchir. Ça en est devenu une obsession.

Pourquoi je suis venue ici?

Pas que c’était pas un beau voyage (au contraire!), je vivais l’expérience d’une vie, je m’étais entrainé et préparé pendant des mois...mais pourquoi faire?

Puis un jour, j’étais à mi-chemin de mon parcours de la journée, température de 34 degrés (ressentie +104), pas d’ombre, personne autour et... j’ai manqué d’eau.

Je ne sais pas si tu as déjà vécu la déshydratation.

Ça s’explique mal comme feeling, mais en gros tu te demandes à quel moment tu vas virer fou et/ou simplement mourir.

Ça me servait à rien de paniquer, mais je paniquais PAREIL.

Trop loin pour rebrousser chemin, pas assez près pour arriver à destination rapidement.

Si j’arrêtais de marcher, j’allais avoir du mal à me relever pour repartir.

Il y a avait pas d’ombre alors j’allais cuire sur place.

J’avais donc rien d’autre à faire qu’avancer et écouter le bruit de mes pas.

Je m’en voulais de ne pas avoir été plus prévoyante.

Pis après m’être traité de tous les noms pendant plusieurs minutes, je me suis demandé si c’était mon dernier jour si j’avais des regrets.

Fuck.

Trop.

J’avais rien fait, rien accompli, je m’étais pas trouvé, j’avais rien laissé derrière moi,...

Ça m’a presque coupé le souffle (ou c’était peut-être le 104 degrés ressenti 😅).

J’avais rien fait de tout ce temps-là.

Parce que j’avais trop peur de ce que les gens allaient dire, parce que j’étais fatiguée, parce que j’avais pas le temps, parce que j’étais pas capable,… parce que j’avais toujours une bonne excuse.

J’en revenais pas d’avoir gaspillé tout ce temps. C'était d’autant plus ironique que je m’en rende compte en plein milieu de nulle part dans le cul du bout du monde.

J’me suis promis que si je m’en sortais j’allais faire quelque chose.

Je ne savais pas quoi, mais j’allais faire dequoi!!!

J’ai promené ça dans ma tête pendant des centaines de mètres. Puis j’ai entendu des pas...et c’était pas les miens!

Derrière moi, sorti d’absolument nulle part y’avait un grand et gros monsieur avec un chapeau style Indiana Jones qui m’envoyait la main ‘’Buen caminoooo!’’

Je ne sais pas comment il est arrivé là.

On ne se connaissait pas, on ne s’était jamais croisé, mais non seulement il m’a donné de l’eau mais on a fait le reste du chemin ensemble.

On a fini par rejoindre le village et avant que nos chemins se séparent il m’a demandé :

Pourquoi t’es ici?

Pour une fois j’avais une réponse qui se tenait.

Pour me sauver la vie et pour en faire quelque chose 😉

Toute cette interminable histoire pour te dire (si tu es encore là ALPHA) que depuis ce jour, j’aime mille fois mieux essayer des choses, faire des erreurs, me casser la gueule… que de ne rien tenter.

Si c’était ton dernier jour, regretterais-tu de ne pas avoir fait quelque chose?

Oui?

Alors c’est le temps de t’y mettre.

Buen camino🙋

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